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Léon XIV entame vendredi son premier voyage en Amérique latine, où le catholicisme décline sans éteindre la foi
information fournie par Reuters 04/11/2026 à 13:28

par Lucinda Elliott

Le pape Léon entame vendredi son premier voyage en Amérique latine depuis son accession au pontificat, pour une tournée de onze jours dans une région qui demeure le principal bastion catholique du monde, mais où l'identification à l'Église romaine s'effrite peu à peu, alors même que la croyance en Dieu reste profondément ancrée.

Quelques semaines après une opération d’un cancer du poumon, le souverain pontife, âgé de 71 ans, maintiendra son programme ambitieux du 6 au 17 novembre, a annoncé le Vatican. Il s’agit de l’une des tournées à l’étranger les plus exigeantes entreprises par un dirigeant de l'Église catholique depuis plusieurs décennies.

Ce voyage mènera Léon XIV à travers quelque 31.000 kilomètres, de l’Uruguay laïc à l’Argentine, patrie de son prédécesseur le pape François, avant de rejoindre le Pérou, où il a passé plusieurs années comme missionnaire et évêque, avant d’en devenir citoyen.

Léon XIV passera deux jours en Uruguay, trois en Argentine et près d’une semaine au Pérou. Il y célébrera des messes en plein air qui devraient rassembler des millions de fidèles, s’adressera aux dirigeants politiques, participera à des veillées avec les jeunes et se rendra en hélicoptère dans des communautés isolées des Andes.

L'Amérique latine reste, en nombre absolu, la première région catholique du monde. Mais le continent vers lequel revient ce pape né à Chicago est nettement moins catholique que celui qu'il avait découvert lorsqu'il y était arrivé comme missionnaire, il y a plusieurs décennies.

L’Église perd du terrain dans la région face à des confessions évangéliques en pleine expansion, à des attitudes sociales plus progressistes et à des formes de spiritualité davantage individualisées.

Une enquête du Pew Research Center menée en 2024 dans six pays d'Amérique latine a révélé un recul de l'identification au catholicisme par rapport à dix ans plus tôt. Environ un adulte sur cinq dans chaque pays a indiqué avoir été élevé dans la foi catholique avant de quitter l'Église, selon l'enquête.

"Il y a moins de personnes se déclarant catholiques", a déclaré Kirsten Lesage, chercheuse associée au Pew Research Center, un organisme à but non lucratif qui suit l’évolution des croyances religieuses à l’échelle mondiale. Elle a toutefois ajouté que "la région reste très religieuse, et ses habitants sont très religieux selon divers critères".

TIKTOK: AVE MARIA

Le père Jorge Reinaudo, curé à Córdoba, en Argentine, l’une des villes inscrites au programme de la visite de Léon XIV, a passé près de dix ans à développer sa présence sur les réseaux sociaux. Il y publie des sketchs humoristiques suivis par 800.000 personnes sur différentes plateformes, où il détourne avec humour les récits bibliques et les superstitions censées porter chance à l’équipe de football argentine lors de la Coupe du monde.

De plus en plus de jeunes recherchent la spiritualité à travers des retraites, le silence et même des pratiques d’inspiration bouddhiste ou hindoue, qu’ils mélangent souvent à des éléments chrétiens traditionnels tels que le chapelet et l’eau bénite, a-t-il expliqué dans un entretien.

"Ne pas appartenir à une religion ne signifie pas que les gens manquent de foi; cela signifie qu’ils vivent leur foi à leur manière", a déclaré Jorge Reinaudo.

La croyance en Dieu reste exceptionnellement élevée en Amérique latine par rapport à d'autres régions du monde, y compris parmi les personnes de plus en plus nombreuses qui ne se réclament d'aucune religion, selon l'enquête du Pew Research Center.

Cette distinction suggère que le défi de l’Église catholique tient moins à la disparition de la foi qu'à sa transformation : certains fidèles cherchent désormais à construire leur propre identité spirituelle en dehors des institutions traditionnelles, selon des responsables religieux et des chercheurs interrogés par Reuters.

La visite du pape suscite également un enthousiasme populaire qui dépasse le cadre des célébrations religieuses.

À Lima, dans le quartier textile de Gamarra, un T-shirt exposé en vitrine montre Léon XIV souriant devant un plat péruvien.

"Nous avons le pape plein d’entrain, le pape gourmet, qui savoure un délicieux ceviche et du poulet rôti. Et nous jouons sur les mots: "Le pape et la papa sont péruviens"", explique Victoria Quiñones, créatrice de vêtements, en référence au mot espagnol "papa", qui signifie "pomme de terre" au Pérou.

Elle s’attend à voir son activité tripler et commence déjà à manquer de tissu pour confectionner les T-shirts.

Non loin de là, Maria Rodriguez, 70 ans, en achète plusieurs à l’effigie du pape. "Je les porterai tout au long du mois de novembre, car je suis catholique, romaine et péruvienne", a-t-elle déclaré.

UNE SOCIÉTÉ EN PLEINE MUTATION

Marverick Ruben Mendoza Oseguera, un comptable hondurien de 31 ans, a découvert Jorge Reinaudo sur les réseaux sociaux alors qu'il suivait des musiciens catholiques argentins. Élevé dans la foi catholique, il explique être devenu critique à l'égard de la religion organisée après avoir été témoin de comportements préoccupants au sein des communautés religieuses, notamment de violences faites aux femmes et de membres du clergé qui semblaient protéger des agresseurs.

"De telles expériences ont érodé la confiance et la foi de nombreux jeunes, dont moi-même", a-t-il déclaré.

Dans les six pays étudiés par le Pew Research Center, les personnes âgées de 50 ans et plus étaient davantage susceptibles de se déclarer catholiques que celles âgées de 18 à 34 ans.

Marverick Ruben Mendoza Oseguera participe chaque semaine à une adoration eucharistique en ligne pour l'aider à gérer son anxiété. Il trouve du réconfort dans ce rituel, même s'il ne se considère plus comme catholique.

"C’est un peu comme passer du temps avec un ami proche", a-t-il dit.

Le recul du catholicisme accompagne de profondes mutations sociales en Amérique latine, où plusieurs pays ont élargi les droits liés notamment à l'avortement, à l'euthanasie et au mariage entre personnes de même sexe.

Miguel Pastorino, professeur à l'Université catholique d'Uruguay et spécialiste de la philosophie de la religion, met toutefois en garde contre une interprétation qui attribuerait directement les pertes de l'Église à ces évolutions. Selon lui, la montée d'une culture du choix individuel a également remodelé le rapport à la religion dans le monde entier.

"On observe une tendance croissante à une religiosité "à la carte", dans laquelle les individus composent leur propre menu spirituel sans ressentir le besoin d'adhérer à une institution particulière", a-t-il déclaré.

Les mouvements évangéliques ont également progressé auprès des populations urbaines et des classes populaires d'Amérique latine. Ils sont particulièrement implantés au Brésil, où près de 27% de la population se déclare chrétienne évangélique.

Le pentecôtisme, la branche du christianisme évangélique qui connaît la croissance la plus rapide, a été introduit en Amérique latine par des missionnaires américains il y a un siècle. Aujourd'hui, des chapelles pentecôtistes sont présentes dans la plupart des villes et villages, leurs chants et leurs prières résonnant souvent à grand volume dans les rues.

"Ils (les pentecôtistes) vont directement au témoignage personnel, comme le faisait l’Église primitive", a expliqué Miguel Pastorino. "Lorsque l’Église catholique s’implante dans les quartiers pauvres, elle mène souvent une importante action sociale, mais très peu d’évangélisation."

Les événements tels qu'une visite papale peuvent toutefois contribuer à renforcer l'identité catholique, a-t-il ajouté.

Pablo Coimbra, curé de la paroisse Nuestra Señora de Guadalupe, située dans le quartier de Casavalle, à Montevideo, où le pape doit se rendre le deuxième jour de sa visite, affirme que l'arrivée prochaine du souverain pontife produit déjà des effets.

Il observe une hausse de la fréquentation des messes, mais aussi des demandes de baptême et de première communion.

"La visite du pape a peut-être réveillé un souvenir, quelque chose de profond dans le cœur des gens concernant la foi et l’appartenance à l’Église", a déclaré Pablo Coimbra.

A lire également: REPORTAGE-Le Pérou se prépare à accueillir le pape Léon XIV, de retour dans sa patrie d’adoption

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(Reportage Lucinda Elliott, avec la contribution de Sarah Morland et Alejandro Obaldia, version française Elena Smirnova, édité par Augustin Turpin)

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